Astuce : comment utiliser les niveaux narratifs pour créer des univers différents dans votre récit?
23 janvier 2019
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Aujourd’hui, l’équipe de la Société des Écrivains vous propose une analyse des niveaux narratifs. Notre conseil du jour ?

« Utilisez les niveaux narratifs afin de créer différents univers dans votre récit. »

Le niveau narratif désigne une frontière invisible et imperméable qui sépare l’univers du « raconté » et celui du « racontant ». Elle permet de savoir si un narrateur fait partie ou pas de l’histoire qu’il raconte. Dès le moment où quelqu’un raconte une histoire, il crée un « univers » (une diégèse). Celui qui narre n’est pas au même niveau que les objets ou les personnages qui font partis son histoire. Dans tout récit, il y a virtuellement trois niveaux narratifs dont trois niveaux diégétiques :  intradiégétique, métadiégétique et extradiégétique.

  • > Niveau intradiégétique

Cet extrait de Le Rouge et le noir de Stendhal est un bon exemple pour expliquer les différents niveaux diégétiques.

« C’était par un beau jour d’automne que M. de Rênal se promenait sur le Cours de la Fidélité, donnant le bras à sa femme. Tout en écoutant son mari qui parlait d’un air grave, l’oeil de madame de Rênal suivait avec inquiétude les mouvements de trois petits garçons. […]
– Il pourrait bien s’en repentir, ce beau monsieur de Paris, disait M. de Rênal d’un air offensé, et la joue plus pâle encore qu’à l’ordinaire. Je ne suis pas sans avoir quelques amis au Château…
Mais, quoique je veuille vous parler de la province pendant deux cents pages, je n’aurai pas la barbarie de vous faire subir la longueur et les ménagements savants d’un dialogue de province. »

Dans les premières trois lignes de cet extrait, le narrateur est en retrait. Il exerce sa fonction première, celle de raconter une histoire. Les personnages de son récit évoluent dans un univers séparé, avec un temps et un lieu propre. On se trouve donc au niveau intradiégétique.

  • > Niveau métadiégétique

Dès la quatrième ligne, le narrateur donne la parole à M. de Rênal. De ce fait, il renonce à son statut de narrateur pour le déléguer à l’un de ses personnages. Ainsi, à travers son histoire (celle de ses sentiments envers monsieur de Paris), M. de Rênal crée un autre « monde ». On accède à un autre niveau, celui de métadiégétique.

  • > Niveau extradiégétique

Dans le niveau extradiégétique, le narrateur ne se contente plus de narrer le récit mais aussi de faire part de ses pensées présentes ou de ses expériences acquises après le déroulement du récit (dans le passé). Le narrateur peut critiquer ou juger l’objet de sa narration. Il est au même niveau narratif que son public et n’est (comme narrateur) inclus dans aucune diégèse.

Un exemple du niveau extradiégètique est À l’ombre des jeunes filles en fleurs de Proust :

« Or (comme je ne savais pas alors l’influence que cette famille devait avoir sur ma vie) ce propos aurait dû me paraître oiseux, mais il me causa une vive souffrance. »

Dans cette citation, le narrateur intervient dans le texte en exprimant sa pensée d’aujourd’hui par rapport au caractère inapproprié de cette souffrance. Son expérience lui permet, aujourd’hui, de porter un regard critique sur son vécu.

Ces niveaux narratifs aident les écrivains à créer plusieurs univers dans le même récit. Une technique efficace pour donner de la profondeur à leur ouvrage.

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